Le 18 juillet 2024, le pélicandrome sur la BAN de Hyères a été inauguré
Un nouvel outil stratégique contre les feux de forêt
L'inauguration du pélicandrome de la Base d'aéronautique navale de Hyères marque une étape importante dans le renforcement de la lutte aérienne contre les incendies en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Entièrement modernisée, cette installation améliore considérablement les capacités de ravitaillement des avions bombardiers d'eau, en particulier les Dash 8 de la Sécurité civile.
Qu'est-ce qu'un pélicandrome ?
Un pélicandrome est une station spécialisée permettant de ravitailler les avions bombardiers d'eau en produit retardant ou en produit moussant. Le retardant, mélangé à l'eau, ralentit la propagation du feu en réduisant la combustibilité des végétaux, tandis que le produit moussant crée une barrière protectrice temporaire sur la végétation. Ces installations sont exploitées par les Services départementaux d'incendie et de secours (SDIS), qui les activent dès qu'un dispositif de surveillance ou une intervention aérienne est engagé.
- Le produit retardant (retardant long terme RLT), mélangé à l'eau, est introduit dans les soutes des appareils par des systèmes de pompage. Le retardant contient des sels inorganiques qui réduisent l'intensité d'un feu. L'eau additionnée au retardant ne sert qu'à assurer la distribution uniforme du produit sur les végétaux. Ce produit est essentiellement utilisé par les Dash.
- Le produit moussant (retardant court terme -RCT) est introduit dans un réservoir spécifique des appareils par des systèmes de pompage découplés du système pour le retardant. Le mélange d'un concentré moussant à l'eau produit une solution moussante qui lorsqu'elle est impactée par l'air, crée une mousse. Après un largage, cette mousse forme une couche isolante autour de la végétation.
Le remplissage des aéronefs au sol est assuré par les services départementaux d'incendie et de secours (SDIS) qui activent systématiquement tous les pélicandromes de leur département lorsque :
- Un circuit de guet armé qui couvre le département est activé;
- Une intervention est demandée pour leur département.
- Un circuit de guet armé qui couvre le département est activé;
- Une intervention est demandée pour leur département.
Mur de retardant lâché par un Bombardier Dash 8-Q400MR de la Sécurité Civile (son indicatif radio est Milan00, ici Milan 74) lors d'une énième reprise du feu dans le massif de la Montagnette (13), en fin de journée - 18 Juillet 2022
Une efficacité multipliée
Présent sur le site depuis 1972, le pélicandrome de Hyères disposait initialement d'une station fixe automatisée devenue inutilisable après le déclassement de la voie de circulation qui y donnait accès. Durant plusieurs années, seule une station mobile de préparation du retardant était déployée pendant la saison estivale.
Le nouveau pélicandrome de Hyères dispose de deux lignes de remplissage permettant de ravitailler simultanément deux avions Dash 8. Chaque appareil reçoit jusqu'à 10 000 litres de retardant en seulement six minutes. Avec l'ancien dispositif mobile, cette opération nécessitait environ 24 minutes. Le temps de ravitaillement est ainsi divisé par quatre, ce qui augmente fortement le nombre de rotations possibles lors d'un incendie.
Implanté sur la Base d'aéronautique navale (BAN) d'Hyères – Le Palyvestre, le pélicandrome de Hyères bénéficie d'une position centrale pour intervenir rapidement dans les départements des Alpes-Maritimes (06), du Var (83) et des Bouches-du-Rhône (13). Il est accessible à l'ensemble de la flotte des avions bombardiers d'eau de la Sécurité civile et peut servir de base d'appui lors des périodes de forte activité opérationnelle.
Avant la mise en service du pélicandrome de Hyères, les infrastructures environnantes présentaient plusieurs limites opérationnelles. Celui de Cannes est soumis à des contraintes liées aux vents d'ouest pour les Dash 8. Au Luc-en-Provence, la longueur de piste ne permet pas l'accueil de ces appareils. Le pélicandrome d'Aix-les-Milles a été fermé en 2018, tandis que l'aéroport de Marseille-Marignane, fortement sollicité par le trafic aérien commercial, ne constitue pas une solution idéale pour les opérations de ravitaillement.
Cette infrastructure peut également servir de base d'appui temporaire lors des journées à fort risque, renforçant la capacité de réaction de la Sécurité civile sur l'ensemble de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Face à l'évolution de la flotte aérienne et à l'intensification du risque incendie, le Service départemental d'incendie et de secours (SDIS) du Var, avec le soutien de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, du Département du Var et de l'État, a engagé un vaste programme de modernisation de la station de ravitaillement en retardant implantée sur la Base d'aéronautique navale de Hyères. Cette rénovation permet désormais d'accueillir les avions Dash 8 Q400MR de la Sécurité civile dans des conditions optimales.
Le chantier s'est articulé autour de trois étapes majeurs
La réhabilitation du taxiway déclassé, l’agrandissement de la voie de roulement et de stationnement mais également la réalisation d’une bretelle de retour vers la piste
La mise en place d’un dispositif de remplissage moderne et performant afin de mieux prendre en compte les enjeux de l’évolution de la flotte vers de gros porteurs comme les avions Dash
La construction d’un bâtiment désigné « Base de vie » pour le personnel du pélicandrome (agents du SDIS du Var) et les équipages des avions bombardiers d’eau (Sécurité Civile)
Les travaux
Les ouvrages bâtiments
Démolition et désamiantage des infrastructures existantes (structure modulaire, une citerne métallique, un local technique etc.)
Construction d'un bâtiment de 160 m², base de vie pour les pilotes et les agents du SDIS 83
Construction d'un local technique de 61 m² pour les pompes de remplissage, les groupes électrogènes de secours et le tableau de commande
Les ouvrages infrastructures
Construction d'une chaussée aéronautique intégrant deux points de remplissage connectés à la voie de circulation avion avec les réseaux afférents, le marquage au sol, le système d'éclairage etc.
Construction d'une zone de stockage des deux cuves retardant et eau de 90 m3 chacune.
Réalisation et raccordements des réseaux électrique, eau potable, eaux usées et des ouvrages aux points de livraison afférent.
Les travaux réalisés
Le projet comprend plusieurs aménagements majeurs :
la réhabilitation d'une ancienne voie de circulation aéronautique (taxiway) ;
l'élargissement des aires de roulage et de stationnement ;
la création d'une bretelle de retour vers la piste ;
l'installation d'un système moderne de remplissage adapté aux Dash ;
la construction d'un bâtiment de vie pour les équipes du SDIS et les équipages ;
la mise en place de deux cuves de 90 m³ destinées au stockage de l'eau et du retardant ainsi que des nouveaux réseaux techniques.
La période des études de conception s’est étalée sur près de 3 années. Les marchés de travaux ont été notifiés au mois de juillet 2023 et les travaux ont démarré en septembre 2023 pour une durée de 12 mois.
Le groupement de bureaux d’études FLEX architectes, CEBA, SNAPSE, Ingénierie Or a été désigné en avril 2021 (après une consultation réalisée en fin d’année 2020) pour accompagner le SDIS 83 dans la conception et la réalisation de ce projet.
A l’issue de la consultation pour la réalisation des travaux, les entreprises ci-après ont été retenues :
- Eiffage Construction, Six Fours les Plages
- Inéo / Axima Six Fours les Plages/ Le Cannet
- Eiffage Route et Monti Nanni Hyères/ La Crau
- SAUR Nîmes
- Eiffage Construction, Six Fours les Plages
- Inéo / Axima Six Fours les Plages/ Le Cannet
- Eiffage Route et Monti Nanni Hyères/ La Crau
- SAUR Nîmes
Le financement du projet
La modernisation du pélicandrome de Hyères représente un investissement global de 4,874 millions d'euros, porté par le Service départemental d'incendie et de secours (SDIS) du Var, maître d'ouvrage de l'opération.
Le projet a bénéficié d'un financement conjoint de plusieurs collectivités et de l'État. La Région Provence-Alpes-Côte d'Azur en est le principal contributeur avec 2,667 millions d'euros, soit 55 % du coût total. L'État, par l'intermédiaire du Fonds Vert, a apporté 1,086 million d'euros (22 %), tandis que le Département du Var a participé à hauteur de 1,116 million d'euros (23 %).
En amont des travaux, les études préalables ont été financées par la Région (179 000 €), le Département (50 000 €) et le SDIS du Var (5 000 €). Les travaux proprement dits ont ensuite mobilisé 4,64 millions d'euros, confirmant l'engagement des partenaires publics en faveur du renforcement des moyens de lutte contre les feux de forêt.
Les partenaires du projet
La modernisation du pélicandrome de Hyères est le fruit d'une collaboration étroite entre de nombreux acteurs civils et militaires.
Les autorités de la Base d'aéronautique navale (BAN) de Hyères, le Bureau Courrier Régional Marine (BCRM), le Contrôle Local d'Aérodrome (CLA) et l'Unité de soutien d'infrastructure de la Défense (USID) de Hyères.
Le Service national d'ingénierie aéroportuaire (SNIA) a réalisé l'étude de faisabilité dès 2020, puis a assuré le suivi technique du projet afin de garantir la conformité des infrastructures aéronautiques.
L'aéroport de Toulon-Hyères, le Centre de Valabre, référence nationale en matière de formation, de recherche et de prévention des risques naturels.
La Direction de la sécurité de l'aviation civile (DSAC) a veillé à la conformité réglementaire des aménagements réalisés sur l'infrastructure aéronautique.
Enfin, les pilotes du Groupement des moyens aériens de la Sécurité civile.
Un enjeu majeur face au changement climatique
La forêt couvre plus de la moitié du territoire régional, soit environ 1,6 million d'hectares, et que près de 90 000 hectares ont été détruits par les incendies au cours des vingt dernières années. Dans un contexte où les feux deviennent plus fréquents et plus intenses, la rapidité d'intervention des moyens aériens constitue un facteur déterminant pour contenir les départs de feu avant qu'ils ne prennent de l'ampleur. Le nouveau pélicandrome de Hyères répond directement à cet objectif en réduisant les délais de ravitaillement et en augmentant la disponibilité des avions sur les zones d'intervention.
Le Dash 8 Q400 ou "Milan"
Entré en service au sein de la Sécurité civile en 2005, le Dash 8 Q400MR est aujourd'hui l'un des principaux moyens aériens de lutte contre les feux de forêt en France. Son arrivée répond d'abord au besoin de remplacer les Fokker 27.
Ces derniers ont été en service de 1986 à 2004 sur la base avions de la Sécurité Civile de Marignane et leur dernier vol a été celui de Pélican 72 en septembre 2004.
Le premier Q400 MR arrive en juillet 2005 et le second en novembre 2005. Le premier des deux Dash, succédant au Fokker Pélican 72, prend l’indicatif Milan 73, le second Milan 74. Le milan étant un grand rapace au vol très agile.
À partir de 2020, la flotte de Dash 8 est renforcée afin de remplacer progressivement les emblématiques Tracker, en service depuis les années 1980. Ces nouveaux appareils emportent jusqu'à 10 000 litres de retardant et effectuent des largages précis destinés à ralentir la progression des flammes et à protéger les zones sensibles en appui des sapeurs-pompiers au sol. Plus rapides que les Canadair et dotés d'une grande autonomie, ils rejoignent rapidement les secteurs menacés. En revanche, n'étant pas amphibies, ils ne peuvent pas écoper sur un plan d'eau et sont ravitaillés au sol dans des pélicandromes, où ils refont le plein en quelques minutes avant de repartir en mission.
En dehors de la saison des feux, les Dash 8 poursuivent leur activité en assurant des missions de transport de personnel et de matériel, d'évacuation sanitaire, ainsi que le déploiement rapide de moyens de la Sécurité civile lors de catastrophes naturelles ou de crises majeures.