Le 19 décembre 2023, pas moins de dix hélicoptères Panther de la flottille 36F, basée sur la BAN de Hyères, ont fait un vol en formation, un évènement rarissime.
Les Sentinelles du large
La Flottille 36F est une unité de l’aéronautique navale française créée en 1995 et basée principalement sur la Base d’aéronautique navale d’Hyères (Var). Elle déploie régulièrement ses détachements à bord des frégates et autres bâtiments de la Marine nationale, en métropole comme outre-mer.
Les 8 détachements Panther et trois détachements S-100 de la 36F assurent des missions de lutte antinavire, surveillance, renseignement, police des pêches, lutte contre les trafics illicites, sauvetage, appui aux forces spéciales et contre-terrorisme maritime. Les 16 hélicoptères Panther sont les vecteurs historiques de la flottille.
Intégrés en 2024, les 5 drones S-100 offrent une grande endurance, augmentent l’allonge opérationnelle des bâtiments et renforcent l’action des aéronefs habités.
Aujourd’hui, 160 militaires composent la 36F et une grande partie de ces marins du ciel est régulièrement déployée en opérations, entre 120 et 180 jours de mer par an.
Aujourd’hui, 160 militaires composent la 36F et une grande partie de ces marins du ciel est régulièrement déployée en opérations, entre 120 et 180 jours de mer par an.
La 36F est une unité polyvalente essentielle au contrôle et à la sécurisation des espaces maritimes français.
En 30 ans, la flottille 36F a intercepté 200 embarcations suspectes. Elle a également contribué à arrêter 215 pirates et à interpeller 190 trafiquants. Les unités de la flottille 36F ont aussi permis de saisir plus de 30 tonnes de stupéfiants. Enfin, elle a concouru à libérer 41 otages et à sauver 330 vies en mer.
Le Vol
Un événement né d’un concours de circonstances aussi rare que précieux.
Sur les seize appareils que compte la flottille, dix sont exceptionnellement disponibles simultanément sur la BAN de Hyères. Une configuration inhabituelle, qui mérite d’être soulignée. Car réunir ainsi une telle concentration de moyens opérationnels n’est jamais anodin : c’est le reflet d’une mécanique parfaitement huilée, d’une disponibilité maîtrisée et d’un engagement constant.
Au-delà de l’image forte qu’offre l’alignement des appareils sur le tarmac varois, l’exercice représente bien davantage qu’une simple opportunité photographique. Il s’agit d’un entraînement grandeur nature, mobilisant l’ensemble des compétences de la flottille. Du pilote au technicien, des équipes de piste aux spécialistes de la maintenance, chacun est engagé dans une chorégraphie précise où la rigueur le dispute à la passion.
Chaque mise en œuvre est une répétition de l’exigence opérationnelle. Chaque décollage rappelle que derrière la silhouette d’un avion se cachent des heures de préparation, de contrôle, de coordination. Cette concentration exceptionnelle d’appareils devient alors le symbole visible d’un travail quotidien souvent discret, mais indispensable : celui d’hommes et de femmes qui veillent, dans l’ombre, à ce que la mission puisse s’accomplir.
Plus qu’un alignement d’aéronefs, c’est une démonstration silencieuse de cohésion, de professionnalisme et de fierté. Un instant rare qui illustre, à lui seul, l’âme et la détermination de la flottille.
En début d’après-midi, l’activité monte en puissance sur la BAN de Base d'aéronautique navale de Hyères. Les dix hélicoptères engagés dans l’exercice mettent successivement leurs moteurs en route. Les rotors s’animent les uns après les autres, installant une rumeur sourde et continue sur le tarmac.
Trois boucles au-dessus de la base sont prévues. Le dispositif est simple sur le papier, mais exige coordination et précision.
Mon planning est établi : positionnement, axes d’arrivée, anticipation des trajectoires. Il ne reste plus qu’à l’appliquer. Comme souvent dans ce type de situation, le stress de bien faire est présent, discret mais réel.
Installé sur un point haut de la côte pradétane, j’attends leur arrivée par l’Est, conformément au schéma annoncé. Peu à peu, des points apparaissent à l’horizon. Ils se multiplient et prennent forme : la formation est en place.
Les appareils effectuent un premier passage dans la continuité de leur décollage, avant de s’éloigner pour amorcer leur circuit. Le second passage marque le véritable début de la séquence au-dessus de la base : formation stabilisée, trajectoire nette, coordination visible. En quelques minutes, l’exercice illustre la rigueur et la maîtrise collective de la flottille.
Un instant suspendu.
Un moment rare, presque irréel.
Un moment rare, presque irréel.
La formation vient de passer, laissant derrière elle cette sensation particulière que le temps s’est brièvement arrêté. On pourrait rester là, encore quelques minutes, à contempler le ciel redevenu calme, à prolonger le spectacle. Mais le programme ne me le permet pas.
Le deuxième passage est volontairement sacrifié. Pour capter la suite dans les meilleures conditions, il faut changer de point de vue et se repositionner rapidement. Le timing est serré. Chaque minute compte. Le matériel est rangé sans perdre de temps, l’itinéraire déjà en tête. Reste l’inconnue habituelle : la circulation, un imprévu.
Le trajet se fait sous tension mesurée, l’œil régulièrement porté sur le ciel, je les aperçois non loin de moi quand j'arrive dans le secteur de l'Almanarre, c'est bon je suis dans les clous.
Quelques minutes plus tard, me voilà en place au seuil de piste du terrain de Hyères. Le point de vue promet un passage plus frontal, plus dynamique.
Il ne reste plus qu’à attendre leur retour pour le troisième et dernier passage. Le regard se porte vers l’Est, une nouvelle fois. Le silence relatif contraste avec l’intensité des minutes précédentes. Puis, à nouveau, ces silhouettes qui se dessinent au loin.
L’instant décisif approche.
Une fois le troisième passage exécuté, la formation amorce sa longue boucle de retour. Le vol touche à sa fin, la mission se conclut progressivement. Les hélicoptères entament un dernier passage pour le break puis se posent sur la piste de la BAN de Hyères.
Ce n'est pas pour autant l'heure de couper les moteurs, il reste encore une chose à effectuer.
La Pyramide
Une photo de leur retour, capturée juste à côté de la voiture, moteur tournant, alors que je file vers mon dernier point de vue pour le point d’orgue de cette journée.
Ils prennent le temps de s’agencer, de se positionner les uns par rapport aux autres, ajustant chaque détail avec une précision millimétrique. Ce n’est pas une mince affaire de bien se caler en stationnaire entre dix hélicoptères, chacun vibrant au rythme de ses rotors, chacun occupant son espace avec exactitude.
Pour le photographe que je suis, c’est un spectacle inédit : je n’avais jamais eu l’occasion d’observer une telle figure aérienne, parfaitement orchestrée, et encore moins avec le soleil de fin de journée dans le dos – pour moi – les illuminant de manière idéale, presque irréelle. Tout semble se mettre en place naturellement, et pourtant chaque mouvement est calculé, chaque position est choisie.
Pour un instant, les planètes sont alignées : la chance, le timing, la technique et la lumière convergent dans un seul et même tableau, parfait et éphémère. C’est un de ces moments rares où tout s’emboîte, où l’on se sent à la fois spectateur et privilégié, témoin d’une harmonie que l’on croyait réservée aux films et aux rêves
Enfin, toute bonne chose a une fin. Chacun, à son rythme, descend doucement, posant ses roues sur la piste avec une précision tranquille. Les hélicoptères se posent un à un.
Ils roulent ensuite vers leurs emplacements attribués sur le parking militaire. Et peu à peu le grondement des rotors s’éteint, laissant place à une activité redevenue habituelle. C’est terminé.
La tension de la journée se dissipe, remplacée par un sentiment de satisfaction et d’accomplissement, tant pour eux que pour ceux qui ont observé ce ballet aérien.
Pour moi, c’est un véritable privilège d’avoir pu participer à mon niveau à ce bel exploit. Et pour le spotter que je suis, un excellent moment pour pouvoir photographier un à un tous les différents Panther !
Les images restent comme une preuve silencieuse de cette journée exceptionnelle, un souvenir figé de puissance, de précision et d’harmonie.